La «maison nazie» est toujours là

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En septembre 2014, la Belgique découvrait avec stupeur la maison de Georges Boeckstaens à Keerbergen, dans le Brabant flamand. Cet ancien militaire avait décoré son habitation et son jardin avec des croix gammées, des «SS» sur la cheminée et d’autres références au régime nazi. La police locale avait dressé un P-V. Mais plus d’un an après, les symboles nazis sont toujours là.

Varensweg est une rue tranquille de la petite commune de Keerbergen, dans le Brabant flamand, à une trentaine de kilomètres de Bruxelles. Une allée comme une autre, pourrait-on penser. Et pourtant, c'est ici que se trouve la «maison nazie», surnommée ainsi à cause des décorations faisant l'apologie du régime hitlérien que l'on trouve sur la façade du bâtiment et le jardin. En septembre 2014, nous vous révélions l'existence de cette maison qui choque. Le reste de la presse belge et même les médias étrangers reprenaient alors l'information. L'opinion publique se disait sidérée, dégoûtée. Le bourgmestre promettait une intervention et la police locale avait dressé un P-V suite à ces révélations. Plus d'un an après, nous sommes revenus à Keerbergen, pour découvrir que le propriétaire n'avait aucunement retiré ses décorations offensantes.

Si l'aigle a été retiré devant la maison, la façade affiche toujours fièrement les convictions de Georges Boeckstaens, 72 ans, ancien militaire. Les cheminées affichent croix gammées et inscriptions «SS» et «Mijn Kamp». Le garage, à l'arrière, arbore fièrement une énorme croix gammée entourée de rouge, tandis que le chemin qui y mène est bordé de têtes de mort. Le propriétaire, qui avait ouvertement déclaré son soutien aux idées nazies, persiste et signe.

Les autres habitants de la Varensweg se passeraient bien de ce voisin dérangeant. «Cela doit bien faire 35 ans qu'il est ici», confie un riverain. «Nous sommes habitués à le voir chercher la bagarre. Il ne s'entend avec personne. Il a déjà insulté des voisins pour des bêtises.» Ici, on s'accorde pour dire que Georges Boeckstaens ne serait «pas très malin» et sûrement fou. Mais rien ne laissait penser qu'il installerait au fur et à mesure, il y a de cela trois ans, des décorations nazies. «Un jour des infirmiers sont venus chez moi et ont dit «Vous avez vu ce qu'il y a près de chez vous?» Je n'y croyais pas», se souvient une voisine.

Les riverains espéraient que le scandale médiatique calmerait l'ancien militaire et qu'il enlèverait ses décorations, en vain. Faire l'apologie du nazisme est punissable par la loi. En septembre 2014, suite à la révélation de l'existence de la maison, le bourgmestre N-VA de Keerbergen, Dominick Vansevenant, avait feint d'ignorer l'affaire, avant d'envoyer la police dresser un P-V. Il estime avoir fait le maximum: «Nous avons transféré au parquet de Louvain. Si rien n'a changé, je n'y peux rien. Et je n'ai pas visité la maison depuis des mois.»

«Offensant pour tous et dégradant pour Keerbergen»

C'est Joël Rubinfeld, le président de la Ligue belge contre l'antisémitisme (LBCA), qui avait alerté en septembre 2014 sur la fameuse «maison nazie» de Keerbergen. D'après lui, le fait que le propriétaire n'ait toujours pas enlevé ses insignes est très grave.

Aussi, Joël Rubinfeld trouve «interpellant» que le bourgmestre n'ait pas pris des mesures. «Il se défausse en renvoyant au parquet, mais je pense qu'il pourrait prendre des mesures aussi, puisque cela se voit depuis la rue», commente le président de la LBCA, évoquant par exemple des critères urbanistiques. «C'est d'autant plus étonnant que c'est un bourgmestre N-VA. Sa commune est connue pour abriter la «maison nazie» de Belgique et il n'en semble pas très dérangé. C'est offensant pour tous et dégradant pour Keerbergen.»

Joël Rubinfeld précise que la LBCA continuera de suivre la procédure judiciaire.

MARIE HAMONEAU

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